Face aux exploits récents des artistes ivoiriens, il devient presque impossible pour les fans, professionnels et observateurs de la scène musicale camerounaise de ne pas faire de comparatif. Comparatif entre les artistes, mais surtout entre les écosystèmes musicaux des deux pays. Pourquoi la Côte d’Ivoire réussit-elle à imposer ses sons à l’échelle du continent et même au-delà, alors que le Cameroun peine encore à s’unir autour d’un mouvement musical fort ? S’interroge WALTER EBOUMBOU dans cette chronique.

WALTER EBOUMBOU

la politique ivoirienne a joué un rôle clé!

Il faut le dire : la politique ivoirienne a joué un rôle clé. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, une nouvelle génération de décideurs et de conseillers culturels a compris l’importance stratégique de la musique pour la diplomatie, l’image du pays et l’économie créative. Le lobbying actif d’acteurs locaux, comme des producteurs, managers et artistes influents, a permis de positionner la musique ivoirienne comme un secteur à soutenir.

ADO President de Cote D’ivoire

Pendant ce temps, au Cameroun, le débat tourne en rond. Des conférences-débats sont régulièrement organisées par des acteurs isolés, où l’on parle sans cesse des « problèmes de la musique camerounaise », sans propositions concrètes, sans actions coordonnées, sans feuille de route partagée. Le diagnostic est connu, mais le traitement tarde toujours.
Le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont deux géants culturels de l’Afrique francophone. Ils partagent une richesse musicale indéniable, des artistes de grand talent, et une diversité sonore unique. Pourtant, lorsqu’on observe l’impact sur le continent et au-delà, la musique ivoirienne a su marquer des générations à travers des mouvements forts, là où celle du Cameroun peine encore à créer l’élan collectif nécessaire.


Zouglou, Coupé-Décalé, et aujourd’hui Rap Ivoire : en trois vagues successives, la Côte d’Ivoire a su imposer des mouvements musicaux qui ont influencé toute l’Afrique. Ces genres ne sont pas nés d’un calcul marketing ou d’une simple mode : ils ont été portés par des artistes visionnaires, soutenus par un public engagé, et propulsés par une diaspora fière et active.

GÉNÉRATION COUPER-DÉCALER (DOCUMENTAIRE – 2004)

Cependant, le Cameroun, malgré un héritage musical impressionnant de Manu Dibango à Ben Decca, de Petit-Pays à Lady Ponce  n’a pas su créer de mouvement musical unificateur depuis l’âge d’or du Makossa et du Bikutsi.

Un terrain fertile mais sans mouvement!
Le problème n’est pas le talent. Il y en a, en abondance. Le Cameroun regorge d’artistes aux styles riches et variés, capables de rivaliser avec les meilleurs. Le vrai défi réside dans l’incapacité à fédérer les énergies autour d’une vision commune, à mobiliser le public comme acteur du succès, et à faire vibrer la diaspora autour d’une identité musicale forte.

Inédit: l’histoire de de la musique camerounaise épisode 1 DOCUMENT INTÉGRAL
Inédit: l’histoire de de la musique camerounaise épisode 1

En Côte d’Ivoire, chaque mouvement musical est né d’une réalité sociale. Le Zouglou traduisait les luttes étudiantes et les préoccupations populaires. Le Coupé-Décalé incarnait l’exubérance et la résilience face aux crises politiques. Le Rap Ivoire, lui, est le reflet des frustrations d’une jeunesse qui veut se faire entendre.
Au Cameroun, la musique avance par artistes isolés, sans narration collective ni mobilisation populaire. Chacun poursuit sa carrière, souvent en solitaire, sans effet d’entraînement.
Le seul véritable mouvement musical urbain récent qui a été acclamé de manière populaire reste le Mbolé. Né dans les quartiers populaires de Yaoundé, il s’est imposé comme un phénomène national, porté par des artistes comme Petit Malo, Petit Bozard, Les Rythmeurs ABC, Kankan Boys etc. Le Mbolé est authentique, accessible, enraciné dans les réalités locales et a su conquérir un public large, sans effort de formatage. C’est une preuve que lorsqu’un son reflète une identité collective et qu’il est porté par le terrain, il peut créer l’adhésion, le partage, et même l’engouement au-delà des frontières.


Des signes d’espoir : une nouvelle vague en gestation
Malgré tout, une nouvelle génération d’artistes émerge avec une énergie nouvelle.

Le mbole du Kwatta ( bande annonce film documentaire)

On observe des tentatives de fusion entre les sons urbains et les rythmes traditionnels. Des artistes comme Krys M, Phillbill, Rinyu, Cysoul, Hen’s, ou encore Seppo et Vernuy Tina proposent des univers musicaux inspirés, qui reconnectent parfois avec ce qui faisait vibrer le Cameroun autrefois.
Mais cette renaissance ne pourra s’imposer que si elle se transforme en mouvement collectif, avec un son, un message, une attitude une signature culturelle identifiable et revendiquée. Ce qu’il faut, c’est l’étincelle capable de créer un feu partagé.

Cysoul – Koulos (Clip Officiel)

Pour une révolution culturelle camerounaise

Le Cameroun n’a pas besoin d’un nouveau genre. Il a besoin d’un mouvement.
Un mouvement qui part des artistes, mais qui soit embrassé par le public, soutenu par les médias, structuré par des producteurs visionnaires, et relayé par une diaspora qui s’y reconnaît. Un mouvement qui redonne à la musique camerounaise sa place dans l’imaginaire collectif africain.
Nous avons l’histoire. Nous avons les sons. Il ne manque plus que l’unité, la vision et le courage de rêver ensemble.

Le moment est venu de faire naître l’ère musicale camerounaise. Qu’en pensez vous?

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