Fort de 15 années d’expérience dans le domaine du marketing en tant que Média Manager chez Guinness Cameroun, Mathias Nana a récemment fait un virage audacieux vers le secteur de l’intelligence artificielle. Depuis neuf mois, il se consacre à la création de plusieurs projets innovants, notamment Nousbits AI, qui accompagne les étudiants MBA aux États-Unis, et Noluggs AI, destiné aux voyageurs d’affaires. En parallèle, il a lancé Mymisik, une plateforme unique permettant de commander des chansons originales pour des êtres chers.
« Elle a un nom », disponible sur mymisik.com. est une initiative ambitieuse visant à célébrer la femme camerounaise à travers une série de 26 chansons, chacune dédiée à une femme exceptionnelle, reflétant ainsi son engagement à valoriser et mettre en lumière les contributions des femmes dans la société. Comment se projet s’est il ficelé? Quelles en sont les motivations derriere? Qu’en est il exactement? Nous avons tenter de mieux comprendre ce projet en ayant un entretien avec MATHIAS NANA qui le porte si bien.

Q – Qu’est-ce qui t’a inspiré à créer « ELLE A UN NOM » et comment s’est fait le choix des 26 femmes ?
M.N : « Après 15 ans dans le marketing, j’ai décidé de passer du côté des bâtisseurs. J’ai commencé à travailler avec l’IA à travers plusieurs projets comme Nousbits pour l’éducation, Noluggs, issu de ma thèse de doctorat, et mymisik, une plateforme qui permet de transformer une histoire réelle en chanson originale.
À la Saint-Valentin, nous avons livré plus de 100 chansons en quelques jours. Cela a confirmé une chose. Les gens ont des émotions profondes et cherchent un moyen durable de les exprimer.
Pour le 8 mars, nous avons créé « Elle a un nom ». 26 chansons, 26 femmes qui représentent le Cameroun réel. Pas une liste officielle. Des vies réelles, honorées en musique »
Q – Comment ces chansons peuvent-elles influencer la perception des femmes au Cameroun face aux violences qu’elles subissent ?
M.N : « Ce qui se passe aujourd’hui dans notre société est regrettable et nous concerne tous. Nous présentons nos condoléances aux familles touchées.
Ce projet part d’un principe simple. Amplifier le bien jusqu’à ce qu’il devienne impossible à ignorer. Honorer, nommer, raconter.
Les réactions ont été profondément humaines. Des appels. Des silences. Des femmes qui nous disent qu’elles ne pensaient pas qu’on pouvait raconter leur histoire avec autant de précision, et surtout en musique. »

Q – Comment se passe le processus de création des chansons? Tu utilises l’IA ?
M.N : « Oui, totalement transparent là-dessus. J’utilise une combinaison d’outils IA – une approche agentique où différents agents travaillent ensemble : recherche, synthèse, évaluation, composition, production. L’IA fait 90% du travail. Les 10% humains, c’est la direction artistique et le contrôle qualité.
Et ce n’est pas limité à la musique – visuels, distribution de contenu, le site mymisik.com, les emailings : tout est propulsé par l’IA. C’est comme la photographie : avant, il fallait un photographe professionnel pour garder un souvenir. Aujourd’hui tout le monde a une galerie photo. On démocratise la même chose pour la musique. »
Q – En quoi le thème « Donner pour recevoir » résonne-t-il avec ce projet ?
M.N : « mymisik est construite sur cette philosophie depuis le premier jour. Tu donnes du temps, de l’attention, pour créer quelque chose d’unique. Tu reçois en retour l’émotion de voir quelqu’un réaliser que tu l’as vue, pensée, et que tu as fait quelque chose rien que pour elle.
À l’échelle de la société, on honore 26 femmes. Ce qu’on reçoit en retour, c’est l’inspiration collective et la fierté d’un pays. »

Q – Tu reverses 60% des revenus aux femmes célébrées – c’est bien!
M.N : « Ce n’est pas une exception pour ce projet – c’est le modèle standard de mymisik. Même un client ordinaire pour qui mymisk distribue sa chanson sur Spotify reçoit 60%. Comment peut-on prendre l’histoire de quelqu’un, en faire une chanson, et gagner plus que cette personne ? Je refuse ça. On appelle ça la création de valeur partagée.
Et ce qui m’a le plus touché: plusieurs femmes honorées m’ont appelé après avoir écouté leur chanson. Des voix chargées d’émotion. Et certaines m’ont dit spontanément qu’elles allaient rediriger leur part des revenus vers un orphelinat ou une œuvre caritative. Elles n’avaient pas encore touché un franc – et déjà elles pensaient à partager. Tu vois ? Le partage à tous les niveaux. »
Q – Quel a été le retour du public depuis le 23 février ?
M.N : « Les femmes honorées ont commencé à partager leurs chansons spontanément, sans qu’on pousse. Leurs communautés ont suivi. Mais ce qui compte vraiment, ce sont les appels. Des silences au téléphone avant de trouver les mots. Une qui m’a dit : « Je n’aurais jamais cru qu’on pouvait me connaître à ce point. »
Le paradoxe magnifique ? C’est l’IA qui a « fait attention » – à travers les articles, les archives, les interviews. Nous on a juste orienté le regard. Ça dit quelque chose de fort sur ce que la technologie peut faire quand on lui donne une intention humaine. »

Q – mymisik.com, tu nous en parles ?
M.N : « Une plateforme de création musicale personnalisée. Tu parles de la personne, tu choisis le genre – Makossa, Bikutsi, Benskin, Afrobeat – et on livre une chanson originale en quelques heures.
L’histoire qui résume le mieux ce qu’on fait : Wetam. En Beti, wetam veut dire « Ma seule » – pas une déclaration ordinaire, une désignation. Un jeune professionnel relocalisé à Douala est tombé amoureux de sa propriétaire. Il ne savait pas comment le lui dire. Il a commandé un album complet à 2h17 du matin. L’album Wetam sort le 3 mars 2026. Ce n’est pas de la musique. C’est une déclaration d’amour permanente, ancrée dans notre langue.
À la Saint-Valentin, plus de 150 chansons livrées en quelques jours. 77% des commandes passées par des hommes pour des femmes qu’ils aiment. Les hommes camerounais ont des émotions profondes – ils ont juste besoin d’un moyen de les exprimer. mymisik est ce moyen. »
Q — Comment fonctionne mymisik ?
M.N : « mymisik permet à n’importe qui de commander une chanson personnalisée. Vous racontez une histoire réelle, choisissez un style musical, et nous livrons une chanson originale en quelques heures.
L’exemple le plus marquant est Wetam, qui signifie « Ma seule » en Beti. Un jeune professionnel tombé amoureux de sa bailleresse nous a confié leur histoire. Nous en avons fait un album de 9 titres, disponible le 3 mars sur Apple Music, Spotify, Boomplay, Tiktok, Snapchat, YouTube Music et plus de 20 plateformes.

Q – Des projets futurs pour mymisik ?
M.N : « Les campagnes pour la Fête des Mères, la Fête des Pères, Pâques, la Fête du Travail, et surtout la fête nationale (20 mai) sont déjà prêtes. Ce pays a des héros – ils méritent d’être célébrés en musique.
On lance aussi une série de Top 10 dans des dizaines de catégories : santé, éducation, commerce, politique, créateurs, buyam-sellams, sauveteurs, taximen, femmes au foyer… D’ici fin 2026, plus de 100 Camerounais honorés à travers ces campagnes. Parce que chaque vie mérite sa chanson.
Mais l’ambition profonde va plus loin. L’Afrique doit être à l’avant-garde de l’IA – pas spectatrice, pas consommatrice, mais bâtisseuse. Les grands modèles d’IA ont été entraînés sur des données majoritairement occidentales. Le Bikutsi, le Makossa, le Benskin, les accents camerounais, les proverbes bamilékés – tout ça est sous-représenté ou absent. De nos jours, ce qui n’est pas dans les données finit par disparaître culturellement.
À long terme, mymisik veut construire le répertoire culturel musical de l’Afrique. Documenter, produire, archiver nos genres, nos langues, nos rythmes – pour que l’IA du futur sache ce que sonne vraiment le Cameroun.
Notre identité culturelle ne se défend pas seulement dans les rues ou dans les institutions. Elle se défend aussi dans les données. Et on a décidé de mener ce combat-là. »
Merci à toi Mathias Nana, les lecteurs peuvent te contacter sur mymisik.com
Instagram et TikTok : @mymisikperso
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