Parti des rues de Douala pour l’underground berlinois, après plus de dix ans à affiner son art au sein de collectifs tels que Da Crew et 3PLT. Aujourd’hui, après avoir enchaîné des singles, il présente son premier album solo, De L’Or Dans La Boue. Disponible depuis le 25 août 2025, cet album est le reflet de son parcours. Dans cet entretien exclusif, il nous invite à découvrir la richesse de son parcours, et à comprendre comment il a extrait la beauté de ses expériences pour créer un album mémorable.
Q: Ton parcours musical est un pont entre Douala et Berlin. Ces deux villes semblent très différentes. Comment cette double culture a-t-elle influencé ton identité et façonné le rappeur que tu es aujourd’hui ?
Tox : « Disons que j’ai appris énormément de choses dans l’adversité à Douala. Lehiphop, je savais déjà depuis le bas âge que c’est le style musical qui me touchait le plus même dans un environnement où ce sont les musiques locales comme le Makossa qui prédominent. Je suis d’une génération qui s’oubliaitdevant MCM et se procurait des lyrics devant nos écoles, ainsi naissait cette attraction pour ce genre musical. En arrivant à Berlin, j’avais déjà emmagasiné beaucoup d’expérience, que ce soit sur la scène ou même dans les conceptions musicales. Berlin m’a aidé à avoir une vision plus internationale, ainsi qu’à savoir avec certitude comment je voulais que ma musique sonne. De même, rencontrer des artistes d’autres contrées et travailler avec apporte énormément au niveau de la maturité artistique. »
Q: Après avoir fait partie de collectifs reconnus comme Da Crew et 3PLT, qu’est-ce qui a déclenché le passage à une carrière solo ? Quels ont été les principaux défis que tu as rencontrés en te lançant seul ?
Tox: « Da Crew pour commencer ce n’est pas juste une association d’amis qui rappent, on y retrouve aussi des cousins à moi que je connais au moins depuis l’âge de 05 ans, c’est aussi une histoire de famille. Mais avant Da crew, j’ai toujours été en Crew. J’ai commencé avec Carlos k, en tant que son backeur puis avec Armel weladji, Bouvier et ANG sous le nom de Black à la page. Ensuite j’ai cheminé avec V’R sous le nom de Rio Dos Camaroes et nous avons participé à la compil Le clash de Bigboss Ent.
Après Da Crew, je suis parti. J’ai continué à collaborer avec des artistes tels Chris BTZ pour le compte de ANZ et Tumany7nims pour le compte de 3 PLT.
Le seul projet abouti depuis tout ce temps a été le street album « Faut le vivre » avec Da Crew! Le reste des projets n’ayant jamais abouti, je me suis dit qu’il était peut-être temps que je montre ce que j’avais artistiquement dans le ventre. La rencontre du beatmaker Jirro qui a produit toutes les instrus du projet était un gros catalyseur, parce que tout de suite notre fusion était magique !
Les difficultés nous n’en avons pas vraiment eu, du moins au niveau de l’enregistrement. Les principaux défis pour moi étaient les choix des musiques et bien sûr les thématiques à développer, mais à chaque fois ses musiques me parlaient et de façon naturelle j’ai toujours su comment m’exprimer dessus. »
Q: Ton premier album solo, De L’Or Dans La Boue, est sorti après plus d’une décennie d’expérience. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour dévoiler un projet personnel?
Tox : « Je n’ai pas commencé à enregistrer ce projet en me disant « tiens je vais enregistrer un album ». Tout est allé au feeling et track par track, j’ai vu le projet se dessiner. Je pense aussi que j’étais juste fatigué d’aller de projet en projet jamais abouti. »
Q: Le titre de l’album est très évocateur. Pourquoi De L’Or Dans La Boue ? Que représente cet album, au-delà de sa musique?
Tox: « Le choix du titre ‘‘De L’Or Dans La Boue’’ reflète l’idée qu’il est possible de transformer les difficultés, les faiblesses ou les aspects les plus sombres de notre existence en quelque chose de beau, de précieux et de lumineux. Ce titre symbolise un processus de transmutation, où, à travers la création artistique, on revalorise les épreuves, les douleurs et les imperfections pour en extraire quelque chose de sincère et d’authentique. C’est la capacité à voir, dans la boue de la vie, une source de richesse intérieure.
La boue peut représenter les difficultés, les échecs ou les moments sombres, tandis que l’or est tout ce qu’il y a de plus positif, lumineux et rare. Ce contraste évoque la dualité humaine : on puise souvent dans ce qu’il y a de plus brut, de plus fragile, pour révéler la beauté. Donner ce titre à l’album, c’est aussi assumer que mes morceaux naissent souvent d’émotions imparfaites, d’un vécu parfois chaotique mais que la musique permet de métamorphoser ces éléments en quelque chose qui touche et rassemble.
Enfin, cela me semblait aussi bien adapté comme titre quand je pense à la situation actuelle de notre pays le Cameroun. »
Q: Avec 18 titres, l’album est une œuvre dense, de belles collaborations et il est très cohérent avec diverses colorations, comment as-tu travaillé la direction artistique, le choix des featurings et la construction de la tracklist pour créer une narration cohérente sur l’ensemble du projet ?
Tox: « En fait, comme je disais plus haut ce n’était pas si calculé que ça surtout au tout début des enregistrements. C’est après quelques titres que j’ai vraiment commencé à penser à la coloration des musiques et même des thèmes, mais en vrai tout était là au bon moment. Les musiques de Jirro étaient justes parfaites pour moi et quand je ressens cela sur des musiques j’écrisrelativement assez facilement. Je pense aussi que mon aptitude à gérer la direction artistique vient de mes expériences précédentes. je savais vraiment comment je voulais sonner et les featurings sont arrivés petit à petit comme des pièces qui complétaient le puzzle. » l’album De L’Or Dans La Boue disponible sur apple music ici et sur spotify ici

Q: Tout au long de l’album on ressent clairement ton amour pour le Hip Hop en général et Rap Camer particulier, notamment dès l’intro ou plus encore sur un titre comme God Mc, pourquoi est-ce si important pour toi de témoigner cette passion et de rendre hommage à la culture Hip Hop?
Tox: « Très clairement ceux qui me connaissent savent que le hiphop a sauvé ma vie! Je suis rentré dans ce monde à une période de ma vie où je venais de perdre mon père et ma mère était loin de moi. J’avais la possibilité de faire tous les mauvais choix possibles, mais l’amour pour cet art m’a aidé à avoir une certaine limite et surtout ne pas me perdre dans cette soudaine liberté. Il est donc naturel pour moi de lui témoigner mon amour à chaque fois en utilisant les codes qui m’ont été inculqués dès le départ. »
Q: Le Boom Bap est très présent sur cet album, un style moins répandu dans le paysage rap actuel. N’était-ce pas un choix risqué? Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir à cette sonorité classique ?
Tox: « Mes choix musicaux n’ont jamais été influencés par ce que les gens veulent mais toujours par ce que j’aime. Ce qui est important pour moi quand je fais de la musique et veut la sortir, c’est d’abord si moi j’aime, avec cette vision des choses je ne fais que du rap comme je l’aime. »
Q: Ton écriture est à la fois profonde et technique, ce qui te positionne comme un MC complet. Quel est ton processus créatif ?
Tox: « La musique doit me parler c’est important. Certaines musiques peuvent toucher des plaies intérieures que vous ne nous soupçonniez pas des fois, ou même vous rappeler de bons moments. Pour moi, la musique c’est vraiment important, après les expériences jouent un grand rôle sur ce qu’on a à dire. »
Q: On remarque que ton écriture est très pudique et respectueuse, pourquoi ce choix quand on sait que généralement les rappeurs sont très à l’aise à utiliser des termes qui peuvent être censurés ?
Tox: « Je m’en suis moi-même rendu compte et j’y ai pris goût. Je veux faire cette musique pour les enfants et même nos parents, du coup oui, il est important pour moi de passer des messages, bien que des fois dures sans nécessairement dire des grossièretés. »
Q: Dans Mutoped’a Mudi tu dis ‘‘si tu veux savoir pourquoi je rappe en français je suis cet africain plein de couleurs comme un arc en ciel’’. Cependant, dans l’album Berlin occupe une place particulière, l’absence de l’allemand dans l’album est notable. Est-ce un choix conscient de ne pas s’adresser aux habitants de ta ville en leur langue, ou cela répond-il à une autre logique artistique ?
Tox: « Vu que ce n’était pas calculé, je n’y ai pas vraiment donné beaucoup d’importance, mais les DJs dans le projet sont allemands de même que le beatmaker. J’y penserai certainement dans les prochains projets, néanmoins, j’ai pas mal de collaborations avec des rappeurs allemands pour d’autres projets. »
Q: À l’écoute de l’album on ressent que tu es resté très proche du Cameroun comme sur le titre « Light Love Peace », Comment parviens-tu à rester si impliqué et préoccupé par la situation de ton pays d’origine tout en vivant à des milliers de kilomètres ?
Tox: « Déjà, je suis assez fier de ce titre car je suis en featuring avec ma chère nièce Djengue qui n’est autre que la fille d’une de mes grandes sœurs, donc c’est encore une histoire de sang.
J’ai grandi au Cameroun et la plus grande partie de ma vie, je l’ai passé au Cameroun. J’y ai tous mes proches, même le rap, je l’ai appris au Cameroun, par conséquent c’est juste normal que je m’y sente aussi attaché bien qu’à des kilomètres. »
Q: « Mutoped’a Mudi » et « Ekokot Ekwadi » sont en Duala, une langue intimement liée à ta ville natale, Douala. Est-ce une manière de rendre hommage à tes racines et de représenter d’où tu viens ? Si oui, pourquoi est-ce si important pourtant ?
Tox: « Je pense effectivement que faire du rap en duala montre très vite d’où je viens et où se trouvent mes racines. Je suis fier d’avoir hérité de la connaissance de cette langue que je n’ai pas apprise à l’école, mais en jouant au foot avec les enfants du quartier. Cela permet aussi de me différencier du rap français, car je rappe la plupart du temps en français et ce n’est que logique ayant fait l’école en français, qui est malheureusement une langue prédominante sur notre territoire. D’ailleurs, j’aime toujours préciser que je fais du rap en français mais pas du rap français. »
Q: L’album est très abouti sur le plan technique. Combien de temps a duré le processus de création, depuis la première idée jusqu’à la version finale?
Tox: « Franchement, c’est allé vite et ça aurait pu aller plus vite si j’avais des sessions studios tous les jours. En gros, l’enregistrement a pris 03 mois à peu près, mais le mix et master ont été fait l’année suivante. On peut déduire que j’ai enregistré ce projet il y a un peu plus d’un an. »
Q: L’album est disponible depuis quelques semaines, quels sont les premiers retours que vous avez reçus du public et de la critique jusqu’à présent ?
Tox: « Les retours sont assez intéressants car avec une tracklist aussi variée, je savais que je toucherais différents types d’audiences et c’est le cas. Tout style d’audience s’y retrouve. »

Q: Peut-on s’attendre à des shows après ce bel album?
Tox: « Il y’aura certainement des shows. Je ne me précipite juste pas et en tant qu’artiste indépendant je me donne les moyens de faire vivre ce projet comme je peux, mais oui des concerts arrivent !! »
Q: Pour conclure, quel message aimerais-tu que les gens emportent avec eux après avoir écouté De L’Or Dans La Boue?
Tox: « La première personne qui peut t’empêcher de réaliser tes rêves, c’est toi et quand tu agis par conviction, personne ne peut t’arrêter. »
De L’Or Dans La Boue est une carte qui retrace le chemin du rappeur deDouala à Berlin, c’est une invitation à plonger dans l’univers de l’artiste. Un projet authentique et sincère qui mérite d’être écouté et partagé. Rendez-vous dès maintenant sur toutes les plateformes de streaming pour le découvrir. L’album De L’Or Dans La Boue disponible sur apple music ici et sur spotify ici

Interview & propos recueillis par ETIENIX



















C’est du lourd Don Tox 🔥💪🏾💪🏾