
Dans cet échange entre Etienix et A N G, l’artiste revient sur l’importance de rester connecté à ses racines malgré les défis de la vie en Europe, source essentielle de son inspiration créative. Il évoque la singularité du hip-hop dans un contexte culturel qui n’en est pas naturellement imprégné, et souligne la nécessité d’apporter une proposition authentique face aux normes du marché international, à travers ODB2 le troisième album de sa carrière ; une identité musicale novatrice, dont le Vol.2 marque une évolution assumée et la volonté d’explorer de nouveaux horizons sans perdre la cohérence de son art. ODB Volume 2 disponible depuis le 27 Novembre 2025 ici.
Q: Installé à Londres aujourd’hui, comment fais-tu pour entretenir cette connexion créative et culturelle forte avec le Cameroun, et de quelle manière cela nourrit-elle ta musique au quotidien ?
A.N.G: « En vérité la connexion ne m’a jamais quitté, j’ai même fait exprès de rester proche de mes racines pour ne pas me perdre. La vie en Europe n’est pas facile, si tu n’as pas une base solide tu peux facilement t’oublier et rentrer dans la routine. Il était donc important pour moi que je sois toujours accroché à mes racines, la preuve j’ai jamais passé plus de deux ans sans rentrer me ressourcer, je pense que c’est ça qui nourrit mon esprit créatif. »
Q: Tous les artistes africains rêvent de rayonner à l’international, est-ce que le fait de vivre en Occident te donne une perspective différente sur le marché mondial par rapport au marché local? Comment abordes tu la conquête simultanée de ces deux marchés ?
A.N.G: « Bien sûr ! Ce sont deux mondes complètement différents, particulièrement dans l’univers où on évolue (l’hiphop). Déjà, il faut noter que cela ne fait pas partie de notre culture locale, ce n’est pas la première musique que tu vas écouter en radio, ainsi c’est à saluer qu’on puisse être aussi créatif pour quelque chose qui n’est pas forcément dans notre ADN ou dans nos mœurs. Il faut être une sorte de génie pour s’en sortir dans ce genre d’environnement et tirer son épingle du jeu, cela implique également de prendre nos réalités en considération avant de se comparer au marché international. Le marché international a une norme, à mon avis ce qui fait toute la différence c’est ce qu’un artiste ramène sur la table comme proposition. Peu importe l’endroit du monde où tu te trouves, si ton art arrive à parler aux cœurs, tu gagnes tout. »
Q: ODB Volume 2 est la suite du Volume 1 sorti en 2023. Avec le recul, quel a été l’accueil de ce premier volume, et comment ces retours ont-ils influencé la création de cette seconde partie ?
A.N.G : « Magnifique retour, je n’arrive même pas à parler de cet album au passé tellement je reçois encore des compliments, des feedbacks des gens qui découvrent ma musique jusqu’à hier encore. J’ai définitivement posé les bases d’un nouveau son, que j’appelle affectueusement le « MUKENGUE ». Le Vol.2, c’est la suite logique, mon principal défi ici c’était de ne pas refaire le même album deux fois, fallait donner une autre facette de moi, de mon son, fallait que j’explore d’autres horizons mais que je reste dans ma logique et je pense avoir relevé le challenge main haute. »

Q: Ce nouveau projet marque-t-il la fin d’une boucle pour toi, l’aboutissement du concept ODB, ou s’inscrit-il dans un plus grand ensemble, comme une étape vers autre chose?
A.N.G : « Comme je disais plus haut, je pense avoir placé les bases de quelque chose d’original, de quelque chose de « CHEZ NOUS » avec un zeste d’international sans complexe, donc oui, on peut parler de boucle parce que le KARATÉ est maîtrisé aujourd’hui. Quand je vois et entends l’influence que j’ai sur beaucoup de jeunes, ça me flatte tellement et me rend fier de ne pas avoir fait tout ça depuis des années pour rien. Mon objectif dans la musique c’est laisser quelque chose, de toucher des cœurs et les esprits, d’inspirer des gens. Par conséquent, tout ce qui vient par la suite ce sont juste des bénédictions de Dieu et comme on l’a dit dans l’album n’est-ce pas « CLQD » ? Je suis reconnaissant. La suite… c’est le présent !J’essaie le plus possible d’être dans le moment présent, raison pour laquelle je parle très rarement de mes accomplissements. Pourtant je suis conscient du travail que je fournis et tout ce que j’apporte à cette culture, mais je préfère me concentrer sur ce que je fais là ! Maintenant, ce que ma « MUSE » m’inspire et jusqu’ici c’est elle que j’ai suivie et je continue d’avancer seulement. Comme on dit au pays, ça va seulement sortir comme ça va sortir. »
Q: En quoi la conception de ce Volume 2 a-t-elle été particulière ? Peux-tu nous donner une idée du temps qu’il a fallu entre la conception et la réalisation finale?
A.N.G : « Plus de maturité et la naissance de ma fille, ce sont les deux (02) choses qui m’ont sponsorisé durant le processus créatif de cet album. Le vol.1 a été préparé pendant la période du covid, on venait de sortir Kumbaya qu’on n’a pas pu défendre comme on voulait à cause de ce que le monde traversait, donc pendant ce moment-là j’ai eu la chance d’essayer beaucoup de choses musicalement. Je pense qu’après la sortie, je savais déjà exactement qui me restait à faire si jamais je devais faire une suite et aussi le fait d’avoir enregistré presque cent (100) tracks entre démos, top line etc… Je me suis dit que ce serait égoïste de garder tout ça pour moi, le vol.2 n’a pas pris autant de temps du coup, je connaissais déjà mes KATAS. »

Q: C’est un long marathon créatif ! Qui sont les principaux artisans de l’ombre qui t’ont accompagné dans cette aventure créative ?
A.N.G : « Alors ce qu’il faut surtout savoir c’est que je ne bosse pas avec les artistes parce qu’ils ont du buzz ou bien parce que c’est l’artiste de « l’heure », il est important qu’on arrive à se connecter quelque part dans nos univers créatifs. Du coup, je vais au feeling et 93% du temps je ne me trompe pas, quand je demande une collaboration ça coule très facilement même si nous sommes à des Kilomètres, donc j’en profite aussi pour faire un gros big up à tous les génies qui ont toujours su répondre présents et m’accompagner dans mes risques et délires artistiques. Le vol.2 comme je disais ne devait absolument pas ressembler au premier, du coup à part Tom Kingue et Coco Mbassi avec qui je voulais vraiment faire un track parce que dans le vol.1 elle n’intervient qu’en tant que support dans MISSOMBAS, tous les autres intervenants sont des surprises pour certains, mais pour moi ce sont des gens dont j’écoute la musique et que j’apprécie énormément. Je sais qu’ayant touché mon cœur, ils le feront pour nombre de personnes à travers ce projet. »

Q: L’esthétique du projet est toujours aussi puissante, à commencer par le visuel. Quel est le message derrière la cover, et en quoi représente-t-elle l’esprit de l’album ?
A.N.G : « C’est mon fils sur la cover, le choix de le remettre sur une de mes pochettes, pour un projet aussi majeur c’est déjà parce qu’il m’accompagne depuis le début ( c’est mon D.A rires). Egalement parce qu’il aime tellement bien le titre : « KWAN NDE E YAÏ PEÑA » qui signifie, c’est de l’ancien que naît le nouveau. Nous sommes dans une proposition de leg, de transmission, de culture, qui de mieux pour représenter tout ça dans ma vie que lui ? »

Q: Depuis le Vol 1, le Mukengue est un élément central de ton identité et de ton esthétique. Pour ceux qui ne connaissent pas, qu’est-ce que le Mukengue, et comment en es-tu arrivé à ce résultat artistique si fort?
A.N.G : « LE MUKENGUE est un mélange de sons entre ce qui se fait dans le rap, dans la musique africaine, aussi bien du continent que de la diaspora, de la culture Sawa et de beaucoup de spiritualité avec une énergie moderne. C’est le résultat de toutes mes influences musicales, de mon enfance jusqu’à présent parce qu’il faut noter que je suis un gros consommateur, ce qui est normal en tant que producteur c’est important de toujours être dans la recherche. »

Q: Ta polyvalence est une signature, ton aisance à naviguer entre le Rap et le Chant est de plus en plus marquée. Est-ce une évolution naturelle de ton art ou un choix délibéré pour ce projet ? Comment gères-tu cette double casquette, et qu’apportent ces deux modes d’expression à ta musique?
A.N.G :« Ce n’est pas juste pour ce projet, j’ai toujours testé des trucs, c’est plus une liberté artistique que je me permets. Je ne mets aucune barrière tout est dans la vibe. »
Q: Sur ce projet, tu restes très proche de tes origines. Au final, quel est le message que tu souhaiterais que les mélomanes retiennent à l’écoute du Vol.2 ?
A.N.G : « La transmission, ce projet est rempli de tellement d’émotions mais aussi tellement d’informations tout comme le vol.1, donc je sais que tôt ou tard ces projets feront le cas d’une étude du son « camerounais » tant recherché. Et comme souligné plus haut. Je suis conscient de l’impact que j’ai, avec le temps il va juste s’amplifier, c’est juste une question de temps. »

Q: Le résultat toujours aussi impressionnant, comment ces featurings ont-ils été préparés concrètement ? Y a-t-il eu des collaborations prévues qui n’ont pas pu se faire pour diverses raisons? Ou des titres qui ont été retirés de la tracklist finale? Et pourquoi ?
A.N.G : « Hahahah! Petite anecdote il y’a un track que j’aurais tellement souhaité qu’il soit là mais les problèmes de prod (ce n’était pas la mienne) et aussi de vision artistique avec la personne en feat, on a décidé de le mettre de côté. Il y a beaucoup de titres que j’ai enlevés, certainement ils sortiront sous un autre format et effectivement des feats qui ont pas été réalisés par manque de temps ou d’emploi du temps qui pourraient voir le jour ne sait-on pas. »
Q: Pour le premier volume, tu avais marqué les esprits avec des événements forts comme le Domaf au Cameroun. À quoi doit-on s’attendre dans le déploiement de ce nouveau projet : clips, tournée, événements ? Y aura-t-il des surprises ?
A.N.G :« Des clips clairement !! Et des SURPRISES, je suis sur un long run, donc allons seulement. »

Q: Si tu devais faire découvrir ODB Volume 2 à quelqu’un qui ne te connaît pas du tout, en trois (03) sons, tu lui dirais d’écouter lesquels ? pourquoi ces trois-là en particulier?
A.N.G : « Tu me demandes de choisir parmi mes bébés là ?? (Rires) Plus sérieusement, je lui dirais de s’assoir, prendre une tasse de thé, d’être relax et de juste appuyer sur play de A Tete en passant par Ça gâte pour rentrer au cœur des ambiances de la rue de la joie entre Qui n’a pas et Esapala, ce serait difficile de dire qu’il ne voit pas les PRBLMS de partout… mais l’énergie reste au top et la muse toujours dans les parages et le temps … Le temps (Pondà) remet toujours tout à sa place vu que c’est Dieu qui donne pas besoin de s’inquiéter. »
Q: Tu as une perspective à la fois internationale et locale, quel regard portes-tu sur l’état actuel du Rap Camerounais ? Notamment face à la concurrence régionale (comme le Rap ivoirien) ou aux défis économiques ?
A.N.G :« Nous ne vivons pas les mêmes réalités que la Côte d’Ivoire, ça n’a même pas de sens cette comparaison. Le courage que ça prend à un jeune pour faire carrière dans la musique au Cameroun et surtout de RAP est à saluer. Les choses sont très difficiles, je ne vais répéter ce que nous tous on sait déjà, tant que l’Etat ne va pas donner une place à la culture les choses n’avanceront pas comme il faut. De ce fait, les efforts sont à féliciter et à encourager, avec un peu de résilience encore peut-être un écosystème pourra voir le jour et définir les règles du jeu. A ce moment les décideurs pourront se rendre compte du potentiel que l’art et la culture ont dans le développement d’une nation. »
Q: Un immense merci pour ce moment de partage. L’album est disponible partout. Le mot de la fin est pour toi : un dernier message pour tes fans ? »
A.N.G :« C’est le comportement qui nous fait ça, sinon nous aussi on peut flex sur le Meta, let’s GO !!! A chi a cha a chiki chacha… » (Rires) Merci à toi et big up !!
Q: Merci encore et bon succès à ODB Volume 2 disponible depuis le 27 Novembre 2025 ici
Entrevue et propos recueillis par ETIENIX
